Témoignage de Guillaume
– Divorcer pendant une expatriation

 

Guillaume, peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je suis né et j’ai grandi en France. A la fin de mes études de médecine générale j’ai décidé de partir en humanitaire.

Lors d’une expérience au Congo Brazzaville j’ai rencontré mon ex-femme.
Je l’ai suivie en Bolivie où nous avons eu deux magnifiques filles, l’une biologique l’autre adoptée.
J’ai fait du bénévolat mais je peux dire que j’ai eu la chance de passer la plus grande partie de mon temps comme père au foyer et de voir grandir mes enfants.

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Bolivie, lac salé

Après plusieurs tentatives infructueuses pour trouver un emploi et des fins de mois difficiles, j’ai décidé de revenir à la médecine générale en faisant des séjours de remplacement en France et dans les Antilles françaises.

Nous sommes finalement arrivés au Mozambique à Maputo, où peu après notre arrivée nous nous sommes séparés et où nous résidons maintenant depuis presque 2 ans.

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Tu as vécu un divorce à l’étranger,
peux-tu nous raconter comment cela s’est-il passé?

Dans la mesure où la communication était coupée et la confiance perdue cela s’est très mal passé.
Nous étions en conflit durant le divorce, quant à la garde des enfants.
L’organisme pour lequel travaille mon épouse n’a été d’aucun secours et ses collègues impuissants.


Mon épouse a décidé de porter notre dossier devant le Juge pour enfant du Mozambique.
Les enfants sont par principe placés chez la mère dans ce pays
mais pour moi cela était un non-sens aux vues de l’histoire de notre famille.

J’ai décidé de saisir un juge en France.
Je rappelle que nous sommes tous les quatre français et le droit français donne un peu plus de considération au père.

Quelle était ta situation à ce moment-là ?

Cela a commencé 2 semaines après notre arrivée.
J’étais sans emploi, je dépendais complètement de mon épouse financièrement et en terme d’assurance santé.
J’avais arrêté de cotiser depuis mon départ de France 9 ans auparavant.
J’avais un visa de « spouse », je ne connaissais personne sur place.

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Quels ont été tes sentiments durant cette épreuve ?

Une énorme et pesante solitude.
Solitude qui mêlée au deuil de notre relation m’a plongé dans un état de dépression dont je me relève à peine, 2 ans après.
Je me suis senti très isolé car les personnes à qui je parlais de ma situation
étaient dans une totale incompréhension et étaient incapables de m’aider.

J’étais en état de panique et je cherchais en vain du soutien.
Certains ont eu des gestes ou des attentions qui m’ont vraiment aidé (invitation au club de foot ou nautique).

J’ai très sérieusement pensé à rentrer en France mais cela m’était impossible car je pensais que j’allais perdre mes enfants.

Comment as-tu géré cette période de flou ?
Entre l’annonce de la séparation et la séparation réelle
(nouvel appart…), en étant dans un pays nouveau ?

Logistiquement, j’ai pris un Airbnb pour épargner les enfants et pouvoir me concentrer sur mes derniers partiels de master.
J’ai trouvé un job de consultant local me permettant d’avoir une activité et de m’intégrer.

Je suis rentré avec mes filles pour les vacances d’été en France.
J’ai pu bénéficier de services comme l’acupuncture, psychologue, réflexologie, yoga… Je suis même retourné à l’église.

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Tout cela n’a pas empêché une grand repli sur moi et une profonde remise en questions.

J’ai finalement eu la chance de trouver rapidement un travail intéressant me permettant de rester au Mozambique et qui m’a permis de reconstruire petit à petit ma vie.

Le comble ? Je bosse maintenant dans la même entreprise que mon ex-femme.

Avez-vous entamé une procédure de divorce ? Si oui, comment ?
Devant quels tribunaux ? Pourquoi ?

Oui, j’ai lancé une procédure de divorce devant le Tribunal de Grande Instance de Paris.
Nous sommes tous français, c’est notre pays d’origine et nous aspirions à y retourner tôt ou tard.

Il m’a fallu pour cela identifier et contracter les services d’un avocat en France qui m’a servi de relai, de conseil et de soutien. C’est une démarche légale qui requiert l’obtention de certificat de naissance de moins de trois mois pour tous les membres de la famille et surtout de la formulation d’une requête.

Psychologiquement cela est très lourd à assumer mais je n’avais pas le choix. C’était le seul moyen de voir arbitrer notre litige quant à la garde des enfants de façon neutre et impartiale.

Mon ex-femme a de son côté saisi le juge pour enfants au Mozambique.

Là s’est joué ce que l’on appelle « une course la saisine » c’est-à-dire que le premier juge saisit au moment du divorce, détermine là où se jugera le divorce. Le Droit de la famille à l’international est ultra complexe et protéiforme, selon la nationalité ou le pays de résidence.

Ici les conseils juridiques de cabinet ultraspécialisés sont précieux.

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Est-ce que le fait d’être dans un pays qui n’est celui de personne du couple, complique le divorce ? Garde une neutralité ?

Là le mot clef c’est amiable.

Si le divorce est consenti par les deux et qu’une négociation amiable est possible alors il me semble que le fait d’être dans un autre pays ne change rien.

En revanche s’il y a un litige, comme dans mon cas pour la garde des enfants, alors cela se complique. Premièrement et principalement à cause de la langue. Aussi, cela se complique dans la mesure où les mœurs et rôles familiaux sont éloignés du pays d’origine car c’est ceux-ci qui vont s’appliquer dans la loi par la suite.

Il faut donc que les deux personnes du couple acceptent d’être jugés ainsi.

Or, dans mon cas, je ne pouvais accepter d’être jugé selon la règle du « c’est la mère qui a les enfants et le père qui assume financièrement ». Cela ne s’applique pas du tout à notre histoire familiale.

 

 

Comment s’est passée la garde de vos enfants ?

 

Cela a été très compliqué dans la mesure où la mère estimait que les enfants devaient rester avec elle à plein temps, après le divorce et que j’estime qu’ils doivent être avec chacun d’entre nous de façon équitable.

Je me suis heurté à une décision unilatérale de la mère de garder les enfants après m’avoir fait miroiter une garde partagée au moment de la séparation. Elle est restée intransigeante.
Elle a coupé court à toute discussion et m’a assigné devant un juge Mozambicain qui m’a expliqué de but en blanc que « ici c’est comme ça », ne me laissant pas d’autre choix que de recourir à un juge en France.  

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C’est triste à dire mais l’un des plus intenses moments de ma vie à été lorsque sous pression du juge en France mon ex-femme a consenti à m’octroyer 2 nuits en plus des week-ends.

Cela ne parait rien, et loin mes prétentions initiales, mais cela a été une énorme victoire pour mes enfants dans la mesure où nous avons trouvé un accord (9/5) et que cela n’a pas été tranché par un juge.
C’est surtout un accord qui me permet de partager la vie de mes enfants en semaine comme avant.
C’est un accord temporaire qui sera remis en question lorsque l’un d’entre nous devra quitter le Mozambique mais je pense vraiment que c’est un accord de paix.

Si c’était à refaire, qu’aurais-tu fait pour que cela soit plus facile pour toi ? Pour tes filles ?

Pour moi et mes enfants j’aurais souhaité un retour en France au moment de la séparation. Cela nous aurait permis d’avoir un soutien familial, l’accès à des services publics de qualité tels que l’école, un médiateur, un pédopsychiatre dans notre langue d’origine.

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Cela aurait été peut être un peu plus facile pour mes enfants. Je crois aussi que face à quelqu’un qui ne veut pas discuter et trouver des compromis il ne faut pas hésiter à recourir à la justice le plus tôt possible. Cela rétablit le rapport de force et permet de se détacher des émotions qui viennent polluer des choix cruciaux pour les enfants.

Peux-tu nous donner des conseils pour les gens à qui cela arrive en ce moment?

En ce qui concerne la procédure de divorce, pensez à vos enfants.
Ils se construiront mieux si leurs parents trouvent un accord que s’ils entretiennent un conflit.
C’est aussi autant de temps et d’argent économisés. Si vous êtes en incapacité de discuter avec votre partenaire proposez une médiation. S’il refuse, passer sans attendre par un avocat et saisissez un juge dans le pays qui vous ressemble.

Il est clair qu’aucun conseil ne prendra de décision à votre place mais écouter sa famille et ses amis et leur demander s’il pouvait faire différemment ce qu’il aurait fait peut-être très instructif.

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Et comme disait OrelSan,
« Y’a rien à faire à part être présent, panser les plaies, changer les pansements, le seul remède c’est l’temps… »

 

 

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